Sri Lanka : et le président Mahinda quitta paisiblement Temple Tree*…

Les célébrations sont tranquilles et sans euphories.Les célébrations sont tranquilles et sans euphories. Devant le siège du parti vainqueur, quelques musiciens entonnent leur animation et font danser les passants, à l'annonce des résultats de l'élection présidentielle, le 9 janvier 2015. Crédit Photo : Emmanuelle Gunaratne

Huit heures du matin le 9 janvier 2015. En cette journée décisive pour le Sri Lanka, alors que nous parviennent les résultats de l’élection présidentielle, un brouhaha envahit l’atmosphère. Un réel brouhaha perceptible, pas de cri ni d’euphorie. Une série de pétards pendant une heure durant, la musique. Ce sont les premières réactions. Le président Mahinda Rajapaksa, que l’on disait bec et ongles accroché au pouvoir, vient de quitter paisiblement sa résidence officielle de Temple Tree et dit s’en remettre à la volonté du peuple. Les élections les plus calmes que le Sri Lanka ait jamais connues. Pas de violence, ni de couvre-feu comme on avait craint. Une très large participation au scrutin… Un dénouement pour le moins inattendu.

Une situation inimaginable il y a deux mois

Mahinda Rajapaksa, le président sortant.

Mahinda Rajapaksa, le président sortant.

Le président Mahinda Rajapaksa, depuis 10 ans à la tête du pays, avait appelé à cette élection présidentielle, certain alors de les remporter aisément. Pas de leader d’opposition crédible. A son actif, principalement, avoir mis fin à un conflit interne vieux de 26 ans, opposant le gouvernement aux indépendantistes tamouls du nord-est de l’île. Une opposition sourde cependant contre des dérives autocratiques, la naissance d’une oligarchie familiale et l’extension de la corruption… Pour contrer ces éléments négatifs, le président Mahinda s’est alors assuré auprès de ses astrologues de fixer la date de la victoire, déterminée, d’après sa bonne étoile, au 8 janvier 2015.

Alors que s’est-il passé pour que l’on constate ce retournement de la situation ?

Maithripala Sirisena, nouveau président du Sri Lanka

Maithripala Sirisena, nouveau président du Sri Lanka

Dans l’arène politique lankaise, les défections (« cross-overs ») sont fréquentes. Pas de fidélité à des principes ou à des valeurs politiques qui seraient représentées par un parti… il est fréquent d’observer ces passages d’un parti à l’autre juste avant ou après l’élection, en fonction du contexte. Parce qu’il est plus intelligent d’agir et de lutter au sein du pouvoir? Par opportunisme?

Toujours est-il que les défections ont soudainement été annoncées en novembre dernier. Alors ministre de la Santé et secrétaire général du parti au pouvoir, le SLFP (Sri Lanka Freedom Party), Maithripala Sirisena a pris son dernier repas avec le président puis le lendemain, a annoncé qu’il quittait le parti et rejoignait l’opposition, accompagné de nombreux autres membres du parti. Il rejoignait la coalition d’opposition.

Une brèche s’ouvrait pour les électeurs sri lankais.

Une nouvelle coalition hautement improbable

Deux mois plus tard, Maithripala Sirisena est donc élu président de la République lankaise, remportant  51, 3 % des suffrages. Ministre depuis l’arrivée de Mahinda Rajapaksa au pouvoir en 2005, son allié et personne de confiance jusqu’à novembre dernier, il  s’est, en devenant le candidat unique de l’opposition, attiré le soutien des minorités tamoules et musulmanes, mais aussi de la majorité bouddhiste cinghalaise, sur un programme simple : rétablir une bonne gouvernance au Sri Lanka en luttant contre la corruption.

Discret et certainement dénué du charisme de son prédécesseur, il va devoir, en tant que président, composer avec une coalition de personnalités aussi variées qu’opposées .

L’ancienne présidente de la République, Chandrika Kumaratunga, est revenue sur la scène politique avec ces élections. Le SLFP, c’était son parti, le parti de son père, de sa mère, de la famille. Elle a rejoint l’ennemi politique d’hier, Ranil Wickramasinghe, leader du parti d’opposition, pour faire tomber le président. Parmi leurs alliés, on compte également Sarath Fonseka, ancien général de l’armée, qui a conduit à la défaite des Tigres tamouls à l’issue du conflit ethnique en 2009, aux côtés de Mahinda Rajapaksa. Candidat de l’opposition en 2010, il perd la présidentielle, est accusé de haute trahison contre l’Etat, emprisonné. Libéré, il maintient sa participation à la vie politique.

Maithripala Sirisena et son nouveau gouvernement vont donc devoir activer maintenant cette coalition. Après avoir réussi la majeure partie de leur programme – la défaite du président Rajapaksa – ils vont devoir s’attaquer au reste : mettre en place un dispositif pour restaurer une gouvernance honnête et transparente (« යහ පලනය », lisez yaha palanaya).

Emmanuelle Gunaratne

* Temple Tree est la résidence officielle du président sri lankais.

Les célébrations sont tranquilles et sans euphories.

Les célébrations sont tranquilles et sans euphorie. Devant le siège du parti vainqueur, quelques musiciens entonnent leur animation et font danser les passants, à l’annonce des résultats de l’élection présidentielle, le 9 janvier 2015. Crédit Photo : Emmanuelle Gunaratne

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