Deux minutes de silence… Vive la paix !

Cela fait six ans. Le 19 mai 2009, c’était la fin du conflit armé. Les drapeaux du lion fier et victorieux, brandissant son épée flottaient dans les rues et sur les réseaux sociaux. L’écrasement, la victoire et la paix. Pas vraiment la paix d’ailleurs, le mot est encore tabou. Il serait de mauvais goût de danser aujourd’hui, de chanter dans les rues parce que le pays est en paix. Trop de violences,  de souffrance. Difficile de tourner la page et d’avancer. D’ailleurs, ce n’est plus le « Victory Day » avec ses parades militaires que l’on célèbre aujourd’hui, mais plus humblement un « Remembrance Day ». Changement de gouvernement, changement de style. La paix a encore un goût amer. Qui oserait célébrer trop fort serait vite montré du doigt.

Voilà alors, je propose deux minutes de silence pour les victimes, pour les familles endeuillées, pour celles spoliées, qui n’ont pas récupéré leur foyer, qui vivent dans les camps. La liste est longue, alors on s’arrête là.

Six ans. Et je mentirais si je n’avouais pas avoir savouré cette paix. Du moment où les armes se sont tues, enfin, ce stress permanent de tomber sous une bombe s’est évanoui. Enfin, j’ai oublié les dangers. Emprunter le centre-ville de Battaramulla aux heures de pointe, me garer dans les parkings sous-terrains des twin towers. On a très vite oublié la crainte qui pesait sur nos épaules. Envolée. Et c’est agréable de reprendre une vie plus normale. C’est humain, non?

Deux minutes de silence pour les victimes du train Jaffna – Colombo, en 1985. Il aura fallu plusieurs décennies pour remettre la « Queen of Jaffna » sur les rails. Ce n’est pas seulement un voyage en train, c’est un pont, avait dit le président Rajapaksa, lors de l’inauguration.

C’est aussi un symbole et sans doute en faudra-t-il beaucoup plus pour guérir les âmes blessées. Enfin, ce sont les premiers pas quand même. Les échanges intérieurs. La curiosité. Visiter Jaffna, le Nord, l’Est. Voir. Regarder. Accueillir. Entendre. Ecouter.

Je suis partagée. Oui, j’aime être positive et penser qu’enfin le pays est en paix, qu’enfin, on peut regarder sereinement vers l’avenir. Pourtant, une petite voix intérieure me rappelle que la paix est amère.  Oui, je perçois une petite voix qui me reproche discrètement de savourer égoïstement cette paix.

La paix réside en chacun de nous. Elle prend le visage de Nathan, d’Amanda, de Trudy et de tous ceux qui mènent quotidiennement leurs initiatives en faveur de l’échange et du respect entre les peuples.  Une marche organisée entre Dondra et Point Pedro, dont les profits vont à la construction d’un hôpital pour les enfants atteints du cancer à Jaffna. 400km pour la paix. Une association qui organise des discussions entre les femmes affectées par le conflit, toutes ethnies confondues. Elles parlent des langues différentes, pas d’interprète, et finissent par se comprendre. Un retraité de l’armée, qui veut offrir sa bibliothèque entière à l’Université de Jaffna. Tout un symbole. Cette association qui pendant les années les plus sombres du conflit, assurait des formations pour les jeunes cinghalais, tamoules et musulmans. Pour créer des liens, maintenir des rapports humains entre les peuples. Des pas concrets.

C’est décidé.

Je vais prendre le train moi aussi pour le nord. Apporter ma brique à ce chantier immense.  C’est la seule façon pour la savourer complètement, cette paix.

Emmanuelle Gunaratne

 

 

 

 

2 Commentaires

  1. un œil sur notre obscurantisme passé ,une œillade sur l’avenir qui se profile avec la paix retrouvée certes fragile mais instants de bonheur. Comme le dit le sage de chez nous FÉLIX Houphouet BOIGNY « le vrai bonheur on ne l’apprécie que lorsqu’on l’a perdu » et de continuer « la paix n’est pas un vain mot mais bien et comportement ». gbès est mieux que dra.

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