Protection des mangroves, Laudato Si’ du Sri Lanka

Projet de conservation des mangroves au Sri LankaProjet de conservation des mangroves au Sri Lanka

A l’heure de la publication de l’encyclique Laudato Si’ du pape François, consacré aux questions écologiques, nous revenons sur une décision majeure du gouvernement lankais, prise en mai dernier. Elle concerne la protection de l’intégralité de ses mangroves. Cette décision, saluée par la presse et par les organisations environnementales comme un pas historique, résonne aujourd’hui comme une illustration toute adaptée au discours papal. Le Sri Lanka est pionnier, au niveau mondial, dans la protection des mangroves existantes, soit de 8000 ha de végétaux.

L’initiative est née en 1997, avec une association locale, Sudeesa, qui travaille alors à la protection des écosystèmes côtiers. L’association s’appuie pour cela sur les femmes de ces régions, les incitant à protéger les mangroves en échanges de micro-crédits. Les femmes utilisent cette aide financière pour démarrer une activité lucrative et sont sensibilisées à la nécessité de prendre soin de l’écosystème côtier. Par extension, ce sont les familles et l’ensemble de la communauté qui bénéficient de ces programmes.

Programme de sensibilisation à Ambalantota, organisée par Seacology

Programme de sensibilisation à Ambalantota, organisée par Seacology

Et voilà que désormais, 18 ans plus tard, ces initiatives s’étendent à l’échelle nationale, avec la participation du gouvernement sri lankais et du groupe environnemental Seacology (basé aux Etats-Unis). Ampleur multipliée. Une initiative sur 5 ans, un projet de 3,4 millions USD pour préserver l’intégralité des mangroves de l’île.

“Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer.” (Laudato Si’)

Ces paroles font écho aux discours du président lankais, Maithreepala Sirisena : “Il va de la responsabilité de toute institution gouvernementale, des institutions privées, des organisations non-gouvernementales, de la communauté des charcheurs, de l’intelligentsia et de la société civile de s’unir pour trouver des solutions et protéger nos mangroves”.

Les mangroves sont des écosystèmes de marais maritimes incluant de nombreux arbres et végétaux principalement ligneux comme le palétuvier, et que l’on trouve le long des lagunes. Le Sri Lanka en est riche, comptabilisant plus de 21 types de mangroves, une richesse de biodiversité. Les poissons et autres animaux marins aiment les racines longues, habitat favori pour leur reproduction. Source aussi de revenus pour les pêcheurs et leurs familles. Les deux-tiers des protéines consommées par les Sri Lankais proviennent du poisson et 80% du poisson consommé a été pêché dans les lagunes de la côte. Sur le plan écologique, les mangroves sont aussi parmi les écosystèmes les plus productifs en biomasse de la planète. Elles contribuent aussi à la résilience écologique des côtes contre les cyclones, raz-de-marée, et limitent l’érosion.

Un écosystème riche en biodiversité

Un écosystème riche en biodiversité

Or, pour le Sri Lanka, 76% de ce capital aurait disparu au cours du dernier siècle. Une véritable catastrophe écologique… A qui la faute? La guerre civile est jugée responsable du tiers de cette perte. Les mangroves étaient en effet un refuge idéal pour les Tigres tamoules et beaucoup ont été détruites pendant les affrontements. Egalement les éleveurs de crevettes qui souvent sans autorisation ont détruit les mangroves pour y installer leurs fermes. Et puis les villageois qui coupent le bois comme source d’énergie pour cuisiner. Dans tous les cas, un manque d’information et d’éducation.

Aujourd’hui, on mesure les effets catastrophiques. Le poisson devient rare. Le tsunami de 2004 a fait des ravages.

“Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale”. (Laudato Si’)

Les plus larges concentrations de mangroves sont localisées sur la lagune de Puttalam (nord-est de l’île), sur les districts de Trincomalee et de Batticaloa (nord-est). Régions ravagées par le conflit, appauvries, éloignées des routes commerciales du pays. Une crise complexe socio-environnementale.

“Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature” (Laudato Si’).

Une organisation internationale, une association locale et le gouvernement lankais s'engagent ensemble pour la protection de l'intégralité des mangroves au Sri Lanka

Une organisation internationale, une association locale et le gouvernement lankais s’engagent ensemble pour la protection de l’intégralité des mangroves au Sri Lanka

Le nouveau programme s’appuie toujours en grande majorité sur les groupes de femmes. Pratiquement, cela commence par des programmes de sensibilisation dans les villages côtiers. Les participantes à ces programmes comprennent rapidement l’importance des mangroves pour l’écosystème, y compris pour la population marine. Ces programmes de sensibilisation offrent un accès facilité à des prêts de micro-crédit (d’un montant de 100 USD). Les femmes sont parallèlement formées à un métier qui leur permettra de débuter une petite affaire : restaurant, salon de coiffure, boulangerie, atelier de couture, commerce pour trouver de nouveaux débouchés pour le poisson, apiculture… En échange, elles s’engagent à protéger une zone de mangroves qui leur est attribuée. Pour inciter les familles à ne plus se “servir” du bois des mangroves, on leur donne aussi un fourneau à faible utilisation d’énergie.

Une femme s'engage dans une entreprise de boulangerie - Ambalantota, Sri Lanka (Seacology)

Une femme s’engage dans une entreprise de boulangerie – Ambalantota, Sri Lanka (Seacology)

Les lignes de l’encyclique résonnent encore :

“Une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres”. (Laudato Si’)

Sur les 1500 communautés côtières qui vont bénéficier du programme, on estime à 15000 le nombre de personnes qui pourront avoir accès au micro-crédit. La moitié, des veuves de guerre. Le reste, des personnes ayant quitté tôt l’environnement scolaire.

N’est-ce pas déjà une forme de “nouveau dialogue sur la façon dont nous contruisons l’avenir de notre planète” comme le souligne et le souhaite ardemment le pape François? Le Sri Lanka s’en dit convaincu, espérant faire des émules parmi les pays voisins asiatiques, riches également en mangroves.

Emmanuelle Gunaratne

Projet de conservation des mangroves au Sri Lanka

Projet de conservation des mangroves au Sri Lanka

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