Des arômes de café bien particuliers

Le café de l’enfance, avait l’arôme de la sécurité, des petits-déjeuners, des tartines grillées, des parents, de la cellule familiale qui prenait le temps, au matin, de partager un moment. Qui prenait le temps de la tranquillité.

A l’adolescence, le café a conservé son arôme de tranquillité. Il a aussi revêtu celui de la liberté. La petite tasse de café, expresso, on la dégustait au “Bureau”, le bar-café qui nous accueillait les jeudis après-midi, pendant l’heure d’étude. On s’y retrouvait à quatre copines, Claire-Marie et les autres, et on prenait la consommation la moins chère, 4 francs la tasse.

Le café de la vingtaine est devenu plus artificiel. C’était celui des machines à café. Dans un gobelet en plastique beige. Je le prenais lacté et chocolaté. Au boulot à Evry. Il avait un peu moins l’arôme de la tranquillité, il avait toujours l’arôme de la liberté, celui d’échapper quelques minutes à l’ambiance sérieuse du bureau et de retrouver l’insouciance des potins et des rires autour d’une machine.

Les meilleures graines seront sélectionnées manuellement, chez Hansa (Sri Lanka)

Les meilleures graines seront sélectionnées manuellement, chez Hansa (Sri Lanka)

Au Sri Lanka, quand je suis arrivée, pas de machine à café au bureau. C’était la tasse de thé, qu’on venait nous apporter – Nihal ou Azar – sur un plateau, servi à heures précises, 10 h et 15 h 30, cérémonialement. Ces années-là, le café, c’était le luxe. Le luxe retrouvé lors de mes voyages en France. Dans un grand mug. Un café partagé avec ma soeur, après le déjeuner. Un café spécial, aromatisé, d’Ethiopie, paquet sélectionné dans une boutique de café à Angers. Dans le café de la trentaine, j’ai découvert de nouveaux arômes. Moins d’insouciance, toujours autant de plaisir, de tranquillité et de liberté et aussi l’arôme des confidences. Délicieuses, avec un carré de chocolat.

Savez-vous planter les caféiers? On les plante avec le doigt.

Savez-vous planter les caféiers? On les plante avec le doigt (à la mode, à la mode…)

Le café de la quarantaine est devenu une affaire très sérieuse. L’expresso, les gobelets en plastique, j’aime plus. Les cafés des plantations, je peux plus. Les lectures, les voyages sont venus entre-temps, bouleverser ma conscience. J’ai découvert l’arôme particulier des graines de café sri lankais. J’en connais les arbres, qui poussent dans les jardins ombragés près des forêts, près d’un arpent de thé, au milieu d’un jardin potager. Ce sont des caféiers de la biodiversité. Ici, pas du capitalisme. Ici, pas de prolétariat. Cet arabica a l’arôme de la liberté. La mienne et celle des producteurs.

Curieuse de découvrir encore de nouveaux arômes. Curieuse, intriguée… Il paraît qu’il y en a plus de 700 dans le café. Parole de connaisseurs.

Emmanuelle Gunaratne

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