Enfant moine

Rita se lève toujours du bon pied. Elle rejoint son travail vers 7 h le matin, à pied et en bus, traversant la longue vallée de Mirihawatte. Vêtue d’une jupe de coton fleurie et d’un chemisier léger. Elle emporte son déjeuner qu’elle cuisine avant de partir. Dans son baluchon.

Bon pied bon oeil : elle offre toujours une mine réjouie, un sourire immense, franc, jusqu’aux oreilles. Elle adore son travail : elle entretient un jardin – dans une association. Elle aime la compagnie de ses collègues et l’environnement fleuri, sain, vert, des montagnes environnantes. Les senteurs multiples et les couleurs rafraichissantes du jardin.

Rita est jeune. Autour de 35 ans, probablement. Elle est grande, élancée, engage facilement la conversation et rit souvent.

Nous nous sommes rencontrées en désherbant un parterre. En retirant quelques herbes étrangères parmi les pieds de menthes, basilic, roquettes et autres feuilles de salade. Elle parlait de sa vie. Des difficultés quand elle a perdu son mari, son père, la même semaine. Un accident, une maladie. Pas de ton plaintif. Toujours la même voix forte, factuelle. Pas de sourire non plus – là, juste – il s’efface. C’était il y a deux ans.

Young male monks (7-9) walking up steps outdoors, rear view

Jeunes moines lankais

Elle parle de son fils. Il avait 10 ans à l’époque. Maintenant, il est moine. Il vit dans un monastère près de Colombo. Elle part le voir ce vendredi qui vient et revient dimanche, en soirée, bien sûr elle a son travail lundi. Elle tente de me montrer une photo sur son petit téléphone portable. Mais on n’y voit rien, sous le reflet de ce soleil radieux. Une fois par mois, elle lui rend visite. Un large sourire éclaire son visage.

Rita dit qu’il a décidé. On ne sait pas trop, lui, elle. En tous les cas, il voulait aussi rejoindre le Sangha, selon elle. Et elle est contente qu’il ait pris cette décision. Qu’ils aient pris cette décision.

Toujours accroupies parmi nos parterres de feuilles, nous continuons à discuter. Du moins, j’écoute et j’essaie de penser. Rejoindre un ordre est une décision lourde déjà pour un adulte. Alors, pour un enfant? Pourtant, pas de tristesse dans le timbre assuré de Rita.

Don, sacrifice? Pour les âmes des disparus? Résignation? Quelle logique a bien pu diriger Rita et son fils vers cette décision.

Ou bien, la nécessité? Si c’était la pauvreté qui l’avait poussée, subrepticement, vers cette décision? L’appât d’une assiette remplie pour lui, d’une éducation offerte? De la tranquillité de le savoir dans un lieu sûr, sécurisé, bienveillant? (Et là on fait abstraction de certaines allégations d’abus envers ces jeunes, qui pèsent sur ces lieux). D’un avenir assuré?

La réalité est sans doute quelque part entre toutes ces raisons ou bien ailleurs, un peu plus loin. Insaisissable. Dans ce sourire franc éternel, dans cette voix forte, dans cette attente tournée vers vendredi et la visite du week-end à venir.

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