Cours privés au Sri Lanka, petite enquête

Cours privés Sri LankaCours privés Sri Lanka, Crédit : Daily News, Lakehouse Newspapers

14h – Comme tous les jours, Miss Suriya entre dans sa pièce préférée : la fenêtre grande ouverte sur le jardin, sur le rebord de laquelle écureuils et oiseaux se posent pour épier l’intérieur, la porte grande ouverte sur la véranda, une lumière crue qui éclaire les quelques bureaux placés autour de sa table. Elle attend tout sourire. Ses élèves ne vont pas tarder. Miss Suriya a la cinquantaine – à peine. Elle enseigne les maths. Elle adore les maths. Indienne d’origine, elle vit au Sri Lanka depuis une vingtaine d’années et a adopté la profession de professeure privée de mathématiques. Elle enseigne chez elle et a bonne réputation. Elle est précise dans ses explications, claire, encourageante et entretient une certaine émulation dans sa classe. Tous les après-midis, toute l’année, de 3 à 5 élèves en moyenne participent à ses cours. Niveau collège. Et travaillent sous son aile pendant 2 à 3 heures. Ce ne sont pas des élèves en difficulté. Certains sont mêmes très largement en avance par rapport au programme. Certains sont premiers de leur classe. Certains adorent les maths. Juste pour le plaisir alors? Par exactement. La flambée des cours privés vient d’ailleurs. D’un système sourdement compétitif.

Nishan participe depuis cette année aux cours de Miss Suriya. Il prépare le O’Level local, qu’il passera en décembre prochain. Quand la cloche de son école sonne à 1h30 (après 6h de cours), il a un ou deux cours privés supplémentaires l’après-midi. Sa mère, Nandika, me confie : “C’est un effort financier certain, mais ce n’est que pour quelques années”. Il a de bons résultats scolaires? “Oui, mais insuffisant par rapport à son ambition…. Il lui faut 9 “A” au O’Level!”. Les jeunes sont ainsi conditionnés à la réussite scolaire. Qui leur permettra d’envisager le système universitaire (gratuit) sri lankais. Qui leur permettra peut-être d’obtenir des bourses pour étudier à l’étranger. Qui leur assurera certainement une réussite sociale plus tard.

15h30 – Mr Krishnakumar, s’apprête à commencer son cours de physique. Sa classe comprend de 25 à 30 élèves. Il a ainsi deux classes par jour et cinq fois par semaine (soit 250 à 300 élèves). Chaque élève paie 3,500 LKR par mois. Si vous faites les calculs, vous obtiendrez un revenu à 6 chiffres, non soumis à l’impôt, bien largement supérieur (disons plus d’une dizaine de fois supérieur) au salaire d’un professeur d’école privée du même niveau. Il n’est pas besoin d’être matheux ou scientifique pour en arriver à la conclusion évidente : les cours privés sont un business florissant au Sri Lanka!

Si vous pensez échapper au système, vous déchanterez vite : ou votre enfant a réellement besoin de soutien scolaire et en tant que parent responsable, vous devrez lui donner toutes les chances de s’en sortir; ou votre enfant se débrouille bien et de lui-même il vous fera la demande, raisonnable et acceptable, de travailler, d’apprendre plus.

Vous n’êtes pas au bout de vos surprises. J’ai découvert récemment un type très innovateur de cours privés. Il s’agit de “sleep-over tuitions”. Ce qui veut dire, les cours privés offrant l’hébergement! Ces cours s’adressent aux élèves qui sont déjà occupés tous les après-midis de la semaine et le week-end et qui n’ont que le soirs après le diner pour ajouter encore un cours. Pour ces élèves, mieux vaut dormir sur place. Et se lever bon pied bon oeil le lendemain – pour étudier!

Que doit-on penser de ces cours, de ce système? Dans un pays qui offre historiquement et largement une éducation gratuite, de la maternelle à l’université. Qu’en pensent sincèrement les jeunes? Courte enquête : les jeunes se sentent parfois emprisonnés dans ce système compétitif. Mais ils ne semblent pas en souffrir. L’ambiance pendant ces cours privés est studieuse et agréable. Jamais je n’ai entendu parlé de dépression nerveuse due à un surmenage intellectuel. Le Sri Lanka offre encore aux jeunes de nombreuses soupapes de sécurité. Conclusion optimiste? Mmm, restons tout de même prudents!

Emmanuelle Gunaratne

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