Colombo, ça marche fort !

Marche urbaine à ColomboMarche urbaine la matin à Colombo - Crédit photo : Emmanuelle Gunaratne

 

Inshira, 35 ans. Comme tous les matins, lorsqu’il ne pleut pas, elle dépose sa fille à l’école aux aurores, vers 7 heures. Puis elle traverse la rue et, vêtue de sa kurta en coton et munie de bonnes chaussures de marche, se dirige vers le parc jouxtant la place de l’Indépendance, pour sa marche quotidienne. Elle rejoint ainsi toute une communauté d’hommes et de femmes qui s’activent déjà à vive allure dans ces allées vertes et ombragées.

Une ville qui soigne son apparence

De nombreux citadins, habitants de Colombo et de sa banlieue, bénéficient ainsi des programmes de “mise en beauté”* de la capitale. La restauration du parc de l’Independance Square, du Vihara Maha Devi Park et l’ouverture de parcours dans les banlieues proches, autour du lac du Parlement (Sri Jayawardena Pura Kotte) ou à Nugegoda, sont saluées par les résidents, qui foulent par milliers leurs allées, de l’aube à la nuit (en évitant la canicule!).

L’activité sportive de marche urbaine, réservée il y a quelques années à une certaine élite et localisée dans quelques rares parcs, s’est ainsi fortement étendue et démocratisée. Colombo s’est donc mis au diapason des villes agréables aux piétons, des villes “marchables”… C’est le résultat d’une intense politique de la ville, menée tambour battant par le ministre Gotabhaya Rajapaksa, puissant secrétaire de la Défense et du Développement urbain. Cette politique, instaurée après la fin du conflit (2009), vise à faire de Colombo une des capitales d’Asie les plus propres, les plus vertes, les plus accueillantes.

Parallèlement à l’éclosion et à la renaissance de ces parcs, des arbres plantés et des trottoirs élargis ont permis de créer une ambiance urbaine propice à ce changement.

Détente assurée

Et c’est un vrai microcosme que l’on retrouve désormais sur ces sentiers urbains : tous les âges, (presque) toutes les conditions physiques et sociales. Ils sont là pour des raisons aussi variées que leur style vestimentaire.

Ishan, la quarantaine, fait une escale en allant au bureau… De même pour Niranjan, il s’agit d’un effort nécessaire pour réduire son embonpoint et maintenir un capital santé sur la pente descendante : “Je fais deux-trois tours de parc, soit environ 3 km et ceci deux à trois fois par semaine, avant de me rendre au travail. Mon médecin me l’a prescrit, en parallèle avec un traitement anti-cholestérol ”. Les bienfaits de la marche urbaine sont en effet considérables : outre le fait qu’elle réduit la fonte de la masse musculaire liée à l’âge, ou maintient le poids de forme, la marche vide l’esprit, détend et permet de se préparer pour une bonne nuit de sommeil réparateur.

Ainsi Fazeema vient régulièrement avec deux de ses amies. Le rythme de ces femmes au foyer est nonchalant, souriant et ponctué d’éclats de rire.  Elles jasent, papotent et rient des derniers potins. Car la marche, activité sportive, est aussi socialisante et on devine que l’objectif premier de ces dames n’est sans doute pas de faire fondre leurs chers bourrelets, mais peut-être plus simplement,  profiter d’un bon moment de convivialité.

Ah j’oubliais, cette jeune femme, dont je ne connais pas le nom, car, pressée, elle ne sourit pas. Sa marche à elle, est très sérieuse, mesurée podomètre au bras. Rythme accéléré, elle porte des poids et elle trace son chemin d’un air décidé. Des couples à la retraite font leurs étirements et quelques asana*, des étudiants traversent le parc en se rendant à leur cours, et un couple en tenue de mariage style kandyen s’expose dans les poses les plus classiques pour immortaliser ce jour unique. Senani, elle, pensive, reprend son souffle, le regard noyé dans cette verdure.

Et puis, il y a moi, l’observatrice émerveillée de toutes ces humeurs sociales qui, mine de rien, tout en marchant, ne perds pas une miette de cette scène croustillante et colorée.

Ayubowan* et bienvenue sur mon Trek!

Emmanuelle Gunaratne

* en anglais, “Colombo Beautification Programme”

* le terme asana désigne une posture méditative de yoga, qui peut être maintenue de manière confortable et détendue pendant longtemps.

* “Ayubowan”, du cinghalais et qui signifie, “longue vie à toi”, les mains jointes devant la poitrine, une très discrète révérence et un large sourire irradiant le visage. Ainsi accueille-t-on, au Sri Lanka, les nouveaux venus.

Marche urbaine à Colombo

Marche urbaine la matin à Colombo – Crédit photo : Emmanuelle Gunaratne

9 Commentaires

  1. C’était l’heure de notre repas, nous avons pris le temps du « trou normand », plus exactement du « trou cizéen », pour déguster ce 1er RV parfumé aux senteurs d’Asie sri lankaise.
    Longue vie à ce trekceylan.
    « Ayubowan »
    MC et JP

  2. bravo emmanuelle
    grace à tes parents j’ai eu connaissance de ton blog.C’est très intéressant de connaître les habitudes d’un endroit du monde inconnu pour moi .
    Je te souhaite une bonne continuation.embrasse les enfants et bonjour à ton mari

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