Leçons de vie et de charité sur les routes du Sri Lanka

Leçon de vie sur les routes du Sri Lanka - Crédit Photo : Emmanuelle Gunaratne

Une distraction des automobilistes sri lankais, quand coincés aux heures de pointe, ils attendent, le pied entre les pédales du frein et de l’accélérateur, de pouvoir bouger à nouveau, consiste à repérer l’arrière des taxis trois roues. On peut en effet souvent y lire des maximes philosophiques, décomplexées et il faut l’admettre, assez hilarantes.  Sous la canicule, notre moquerie silencieuse nous évite ainsi de sombrer dans la crise de nerfs.

“La paix commence avec un sourire”, “L’amitié est un esprit deux corps”, “L’amour est la lumière de la vie”, “La conversation d’un homme est le miroir de son corps”, “La beauté est faite pour regarder pas pour toucher” ou encore “Fais de ton rêve une réalité, Réveille-toi et vis”, “Ne te complique pas l’esprit”… Voilà des exemples de ce qu’on peut méditer ou tourner en dérision, selon l’humeur.

Et pourtant récemment, c’est une jolie leçon de vie que nous a livrée un chauffeur de taxi. Kelum Jayarathne, 35 ans, résidant de Kegalle, bourgade provinciale sur la route de Kandy* a laissé à l’arrière de son taxi, un message insolite, voire déroutant. Une offre généreuse, pour toute course après 20h, aux patients qui souhaitent se rendre à l’hôpital de Kegalle. Suivi de son numéro de téléphone. Et précédé de l’information suivante : “pour accorder des mérites à mon père”**.

Cette notion de mérite, propre à la philosophie bouddhiste, n’est pas toujours facile à saisir pour nos esprits occidentaux. Il s’agit d’actes bénéfiques, positifs qui permettent au disciple de se purifier, de s’améliorer et de progresser sur le plan tant moral que spirituel. L’acquisition de mérites est recherchée au travers d’actes de générosité.

Revenons à Kelum. Il a perdu son père il y a 18 ans, alors que la famille traversait une période financièrement difficile. N’ayant pas à l’époque de véhicule à leur disposition, ils ont mis 45 minutes avant d’atteindre l’hôpital. Kelum, impuissant, a vu son père souffrir et s’est persuadé qu’il aurait pu être sauvé s’il avait atteint l’hôpital à temps.

D’où sa décision, il y a deux ans, quand il a pu acheter son taxi trois roues, de lancer cet appel généreux, charitable. En dépit des remboursements d’emprunts auxquels il doit faire face mensuellement, Kelum réserve donc la totalité des bénéfices de ses heures de travail nocturnes à aider les moins fortunés. Il n’attend rien en retour ni ne cherche à faire des émules. Il s’étonne même de l’intérêt qu’a pu susciter son message dans les journaux locaux ou même sur Facebook.

Quelques jours après la Journée mondiale de la Charité, fixée le 5 septembre, jour de l’anniversaire de la mort de Mère Thérésa, voici une jolie leçon de vie à méditer. Nous saluons nous aussi l’action caritative de Kelum.

 

Emmanuelle Gunaratne

 

* Kegalle se situe géographiquement sur la route menant vers Kandy, au centre du Sri Lanka, à environ 150km de la capitale économique de Colombo.

** Message dans son intégralité : තාත්තාට පින් පිණිස ? 8.00 න් පසු කෑගල්ල රෝහල වෙත ලෙඩුන් රැුගෙන යාම නොමිලේ, soit « courses gratuites pour les patients qui doivent se rendre à l’hôpital de Kegalle après 20h, afin d’accorder des mérites à mon père »

Taxi trois-roues dans les embouteillages à Colombo

Taxi trois-roues dans les embouteillages à Colombo – Crédit Photo : Emmanuelle Gunaratne

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