Rêve insolite d’un thalagoya en pyjama

Thalagoya du Sri Lanka (varan)Thalagoya du Sri Lanka (varan)

C’était l’heure de la sieste, un de ces après-midis où la chaleur vous aplatit d’un coup sur le lit. Je me trouvais donc emportée dans un sommeil lourd, à mille lieues de la réalité.
Ce furent les chuchotements inquiets de mon mari qui me tirèrent de mes rêves. “Il y a quelqu’un sous le lit. Ça bouge” me disait-il. Il osa le premier se pencher du lit pour vérifier. “Ne bouge pas, c’est une bête”.
J’imaginais un serpent qui, d’un moment à l’autre, s’enroulerait autour du pied du lit puis ramperait vers moi, menaçant. Eh bien, quelle ne fut pas ma surprise quand je vis poindre hors de sa cachette, le crâne triangulaire d’un énorme thalagoya*. Et qu’en plus, comble du comble, ce thalagoya portait des lunettes!
Figurez-vous la bête : un reptile, croisement entre un lézard géant et un iguane, d’environ 1m50 de long, qui erre habituellement chez nous (au Sri Lanka) enfoui dans les égouts, à la recherche d’escargots, d’insectes, d’oeufs et d’herbes, et qui trouve aussi son compte dans les déchets, les poubelles. Vous pouvez fréquemment le voir vous toiser quelques instants de son regard, montrant sa langue bifide et disparaître. On le dit inoffensif.

Thalagoya sri lankais

Thalagoya sri lankais

Mais là, il se tenait à un demi-mètre, aussi apeuré que moi. Je n’avais alors vu que sa tête, qui dépassait de dessous le lit. Je le devinais déjà, gauche et tentant malhabilement de trouver une issue de secours. La fenêtre était encore ouverte, mais mon mari lui en bloquait l’accès.
Il restait la porte entrouverte.
Il sortit brusquement de sa cachette et s’engouffra dans la mince ouverture de la porte. Il était énorme – oui, bien un mètre cinquante, et, chose extraordinaire, il avait revêtu mon pyjama. Mon pyjama blanc avec des mini fleurs grises et bleues. Je l’avais négligemment abandonné au pied du lit ce matin-là et il avait dû profiter de notre torpeur pour s’y faufiler. La queue remuait dans les deux jambes de pyjama. Comment? Cela reste un mystère, tout comme le fait que le tee-shirt du pyjama, dans lequel il aurait dû nager, lui seyait parfaitement.
Le thalagoya à lunettes et en pyjama parvint à sortir de notre chambre.
Il entrait maintenant dans la salle à manger.
Quelle scène drôle et rocambolesque! Le thalagoya tentant de s’enfuir, emballé par la peur, dans mon pyjama bleu-blanc-gris. Son corps et sa queue remuant en tous sens, frappant sous ses coups dispersés et involontaires livres et objets qui jonchaient la pièce. Mon mari, qui le chassait, armé d’une batte de cricket, prise au hasard, et les enfants, soudainement tirés de leur occupation, complètement éberlués, qui observaient cette apparition improbable du thalagoya à lunettes dans le pyjama de leur mère.
L’animal s’échappa finalement par une fenêtre ouverte. Nous étions plantés là, hébétés, le regardant s’éloigner. Il sautait d’arbres en arbres, puis s’envola dans le ciel. Toujours dans mon pyjama bleu-blanc-gris. Il disparut de notre vue, et s’effaça dans le ciel nuageux.

(*) Thalagoya, තලගොය en cinghalais

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